Body painting : Chaque corps mérite reconnaissance et dignité

Domnè Dine Bertille Ganamé repousse sans cesse les frontières de l’expression artistique. À travers son projet de body painting, Métamorphose-Corps expressif, elle transforme le corps humain en véritable œuvre vivante. Entre bodypainting, photographie et performance, elle interroge notre rapport au corps, à l’identité et aux normes esthétiques.
Dans cet entretien, Bertille revient sur la genèse de ce projet profondément humaniste et sur les messages qu’elle souhaite transmettre à travers ces corps peints.
Comment le projet Métamorphose en body painting a-t-il vu le jour et quels besoins créatifs ou personnels souhaitiez-vous explorer ?
Le projet Métamorphose_Corps expressif est né d’une introspection. Au départ, j’avais besoin de m’exprimer. Puis, j’ai voulu aider les autres à s’exprimer, de toutes les manières possibles. En effet, ce besoin était profond, presque vital : parler autrement. Il ne s’agissait de rien de nouveau, juste changer la manière pour créer du neuf, de la curiosité, de l’art, de la sensibilité. Ainsi, l’idée : redonner au corps sa valeur humaine, au-delà des normes, des silences et des regards réducteurs.
Car le corps traverse, accumule, transforme. Pourtant, trop souvent, il n’est jamais entendu. Ici, ils sont reconnus tels qu’ils sont, porteurs d’histoires. D’ailleurs, ces histoires s’inspirent de mes expériences, de celles de mon entourage, de mes amies, de ma famille, de ce que j’entends. Elles racontent alors douleurs, forces et résistances.
Enfin, Métamorphose marque une rupture avec les formes figées. Là, l’espace est libre, mouvant. Ainsi, l’erreur, l’émotion et l’imperfection font pleinement partie du processus créatif.
Le bodypainting s’impose comme un medium particulièrement intime et éphémère. Pourquoi avoir choisi le body painting comme langage principal pour porter ce projet ?

Le body painting s’est imposé comme une évidence. D’emblée, il permet de peindre avec le corps, et non seulement sur le corps. Au cours de l’activité, toutes les imperfections — chéloïdes, boutons, bosses, courbes ont été intégrées à l’œuvre.
Progressivement, la peinture épouse la peau. À ce titre, elle respecte ses marques, ses plis, ses cicatrices. Au contraire, elle ne cache rien, elle révèle.
De ce fait, c’est un langage direct, sensible, universel. À la fois, il traverse les cultures et dépasse les mots. Ainsi, le corps devient un support d’expression légitime, un espace de réappropriation et de reconnaissance.
Dès lors, avec le body painting, le corps cesse d’être un objet de regard. Il devient alors acteur du message, territoire vivant et expressif.
Le titre même de votre projet évoque une transformation. Que représente la notion de « métamorphose » dans votre démarche artistique ?
La métamorphose, dans ma démarche, n’est pas spectaculaire ni définitive. Au contraire, c’est un processus continu. Tour à tour fragile, parfois chaotique, mais toujours profondément humain.
Ainsi, elle symbolise le passage, l’évolution, l’acceptation de soi à différents moments de la vie. Dès lors, chaque corps raconte sa propre métamorphose : visible ou invisible, intime ou collective.
Surtout, elle rappelle que nous avons le droit de changer. Mieux encore, d’évoluer. De faire des erreurs. Et cela, sans jamais perdre notre valeur ni notre légitimité.
Au-delà de l’esthétique, votre travail semble porter un message social fort. Quels messages souhaitez-vous transmettre à travers les corps peints, notamment en lien avec l’identité et le regard porté sur le corps ?

Crédit Photo: Christiane YOUNGA
À travers ces corps peints, je transmets un message fort : chaque corps mérite reconnaissance, respect et dignité.
Dans le même mouvement, le projet interroge le regard que nous portons sur les corps. Simultanément, celui que nous portons sur nous-mêmes. De manière plus large, il révèle les processus contrastés de l’évolution humaine, de la métamorphose.
Dans cette dynamique, Métamorphose invite à sortir des injonctions esthétiques et sociales. Elle suggère de considérer le corps comme un lieu d’identité, de mémoire et de vécu.
À ce stade, la peinture devient un acte symbolique de valorisation. Elle proclame : ce corps a une place, ici et maintenant.
Chaque projet artistique implique des choix, des rencontres et des processus créatifs. Comment s’est déroulé le processus de création e, du choix des modèles jusqu’à l’œuvre finale ?
Le processus de création a été profondément humain, collaboratif et évolutif. Délibérément, j’ai choisi les participantes dans l’écoute, le consentement et la confiance. Chaque personne apportait son histoire, son rythme, ses limites.
Tout au long de la démarche, la séance, les préparatifs et les discussions mêlaient échanges, temps de préparation émotionnelle et création artistique.
À l’issue de ce cheminement, la peinture, la photo et la vidéo ont laissé des traces sensibles de ces moments. Cependant, l’objectif n’était pas de produire une image parfaite. Il était plutôt question de capter une vérité, un instant de transformation et de reconnaissance de soi.
L’art tire souvent sa force de l’écho qu’il suscite auprès du public. Quelles réactions du public ou quels témoignages vous ont le plus marquée depuis le lancement de ce projet de body painting?
Ce sont les réactions profondément humaines qui m’ont le plus marquée. À ma grande surprise, des personnes se sont reconnues dans les messages exposés. Elles ont ainsi parlé de réconciliation avec leur propre corps, de libération du regard.
Dans le prolongement, certains témoignages ont évoqué un sentiment de validation, de soulagement, parfois même de guérison symbolique.
Ces échos, enfin, m’ont confirmé que Métamorphose touche à quelque chose d’universel : le besoin d’être vu, reconnu et accepté tel que l’on est.
Tout projet artistique s’inscrit dans une continuité et porte en lui des ambitions futures. Quelles sont les perspectives du projet Métamorphose et quel impact espérez-vous à long terme dans ce domaine de body painting?

Métamorphose_Corps expressif est un projet appelé à continuer et à évoluer. Par nature, il n’est pas figé, il se transformera, fera ses erreurs, apprendra, mais portera toujours un message fort, humain et impactant.
Dans une projection à long terme, je souhaite que ce projet de body painting devienne un outil de valorisation et de reconnaissance, capable de trouver sa place dans différents espaces : artistiques, sociaux, éducatifs, culturels. À ce titre, expositions, performances, ateliers, rencontres… le projet est pensé comme un organisme vivant, en mouvement.
En définitive, l’impact que j’espère est simple et essentiel : contribuer à changer les regards, à ouvrir des espaces de dialogue, et à rappeler que chaque corps a une histoire qui mérite d’être respectée et entendue, partout.